Marché central de Bujumbura : les cendres de la confiance publique
Par: Walter Kwizera
Treize ans après l’incendie dévastateur du marché central de Bujumbura, les plaies restent ouvertes. Malgré les nombreuses promesses de reconstruction et d’indemnisation, des milliers de commerçants sinistrés continuent de vivre dans l’incertitude, contraints de se réinventer pour survivre.
Le matin du dimanche 27 janvier 2013, vers 7 h 30, un incendie d’une ampleur exceptionnelle ravage le cœur du marché central de Bujumbura, alors capitale politique et économique du Burundi. En quelques heures, ce centre névralgique du commerce national n’est plus qu’un amas de cendres et de fer tordu.
Les commerçants, pris de panique, tentent désespérément de sauver leurs marchandises. En vain. Les cris, la fumée et la désolation emplissent les lieux. Impuissants face aux flammes, beaucoup assistent à la destruction de leur unique source de revenus. L’émotion est à son comble, les visages se figent, les regards se vident.
Alors que le feu s’intensifie, un seul camion anti-incendie est déployé sur place. Insuffisant face à la violence du brasier. Les secours rwandais interviendront plus tard avec un hélicoptère, mais le pire était déjà fait : le marché entier venait de disparaître.
Les enquêtes conduites par la commission d’experts concluront à un incendie d’origine accidentelle. Pourtant, les propos de l’ancien ministre de l’Intérieur, Édouard Nduwimana, affirmant devant l’Assemblée nationale que le feu serait une “volonté divine” destinée à ouvrir la voie à un nouveau marché, susciteront l’indignation.
Le bilan officiel fait état de plus de 5 000 commerçants sinistrés, privés de leurs biens et de leur gagne-pain. Treize ans plus tard, aucune indemnisation n’a été versée, et le site du marché n’a toujours pas été reconstruit, malgré les multiples promesses gouvernementales. Face à l’oubli, certains anciens vendeurs s’organisent autrement, cherchant à écrire un nouveau chapitre, loin des cendres d’un espoir consumé.

