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“La voix des sans voix”

Gishubi : arrestations politiques ou affaire sécuritaire ?

Gishubi : arrestations politiques ou affaire sécuritaire ?

Par: Désiré Hatungimana

Plusieurs membres du CNL, aile Rwasa, ont été arrêtés dans la commune de Gishubi, dans la province de Gitega, après le signalement d’un prétendu passage d’hommes armés. Des vérifications menées par les forces de sécurité auraient pourtant écarté cette hypothèse. Une situation qui alimente les craintes d’intimidation politique à quelques mois des élections.

Tout a commencé le 24 octobre, lorsque des membres des Imbonerakure de la colline Jurwe, en zone Bukoro, ont signalé à leurs responsables avoir aperçu des hommes armés lors d’une patrouille. Peu après, sur ordre de l’administrateur communal, Appolinaire Baryana, des personnes soupçonnées de collaborer avec ces groupes ont commencé à être arrêtées.

Selon un militaire en poste à Gishubi qui s’est confié à la RPA, les forces de sécurité ont mené leurs propres vérifications après avoir reçu les informations transmises par les autorités administratives. Leur conclusion a été claire : les Imbonerakure ont menti et aucun groupe armé n’aurait traversé la localité. Malgré ces constats, les personnes arrêtées restent détenues à ce jour.

De nombreux Burundais s’interrogent sur la possibilité qu’un groupe armé puisse atteindre une province située au centre du pays sans être détecté, alors qu’aucune preuve ne vient confirmer l’existence d’une rébellion active sur le territoire national et qu’aucun mouvement armé ne revendique une présence au Burundi. Les observateurs familiers des questions militaires estiment par ailleurs que Gitega ne constituerait pas un point de départ logique pour une offensive armée contre le pays, ce qui alimente davantage les interrogations.

La chronologie des événements suscite aussi des questions. Comment expliquer, demandent certains habitants, que les témoins d’un prétendu passage d’hommes armés n’aient pas immédiatement alerté les forces de sécurité pour permettre leur arrestation dans la nuit ? Or, le lendemain, ce sont sept membres du camp d’Agathon Rwasa qui ont été arrêtés. Pour les habitants et des observateurs, cette succession de faits renforce les soupçons d’une opération à motivation politique plutôt que sécuritaire.

Ce type de situation n’est pas inédit au Burundi. Depuis l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD, et particulièrement à l’approche des échéances électorales, des opposants dénoncent régulièrement des actes d’intimidation destinés à affaiblir leur influence. Ils accusent aussi les autorités de recourir à des arrestations et à des montages judiciaires pour justifier ces détentions devant l’opinion nationale et internationale.

Selon des informations recueillies à Gishubi, d’autres listes de personnes opposées au pouvoir auraient déjà été établies en vue de nouvelles arrestations, sous l’accusation de collaboration avec des groupes armés. Cette perspective provoque une vive inquiétude parmi la population. Certains habitants affirment avoir commencé à quitter la région, craignant d’être arrêtés sur la base de simples soupçons.

 

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