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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

700 refus d’asile, des expulsions contestées : les renvois forcés de Burundais par la Suisse suscitent l’indignation

Par: Eloge-Divin Remesha

Les renvois forcés de demandeurs d’asile burundais par la Suisse continuent de susciter de vives inquiétudes. Réunis ce 27 mai 2026 lors d’une conférence de presse organisée par différentes organisations de défense des droits humains, des experts internationaux, des avocats et des exilés burundais ont dénoncé une politique qu’ils jugent dangereuse pour les personnes concernées. Tous ont appelé les autorités suisses à suspendre immédiatement les expulsions vers le Burundi.

La conférence a rassemblé près d’une centaine de participants, parmi lesquels des journalistes, des représentants d’ONG, des acteurs de la société civile burundaise et internationale ainsi que des spécialistes des questions migratoires. Les organisateurs disent vouloir attirer l’attention de l’opinion publique suisse sur la situation des Burundais déboutés de l’asile et sur les conséquences que pourraient entraîner ces retours forcés.

Pour étayer leurs inquiétudes, ils affirment s’appuyer sur des témoignages de personnes déjà expulsées, des rapports d’organisations internationales ainsi que des informations collectées directement au Burundi.

Au cours de cette conférence, des chiffres ont été avancés. Selon des données du Secrétariat d’État aux migrations suisses (SEM), environ 700 décisions négatives ont été prononcées contre des ressortissants burundais entre janvier 2022 et avril 2026. Les intervenants ont également rappelé que certaines expulsions ont déjà eu lieu depuis novembre 2025. Parmi elles, un avion spécialement affrété le 21 avril dernier a permis le renvoi vers Bujumbura de 11 Burundais, dont une famille avec enfants.

Derrière ces statistiques, les participants ont rappelé qu’il y a des parcours de vie souvent marqués par la peur et les traumatismes.

Eric, un jeune Burundais ayant témoigné pendant la conférence, raconte vivre depuis le rejet de sa demande d’asile dans l’angoisse permanente d’un retour forcé. Il affirme avoir fui le Burundi après avoir été arrêté en 2022 par des agents des services de renseignement alors qu’il rentrait d’une activité sportive. Pendant trois semaines, dit-il, il a subi des actes de torture avant de parvenir à s’échapper. Aujourd’hui encore, il explique souffrir de graves troubles du sommeil liés à cette expérience. « J’ai peur et je dors très mal », confie-t-il, précisant qu’il suit un traitement pour calmer son anxiété.

Présent lui aussi lors de cette rencontre, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a exprimé de sérieuses préoccupations face à ces expulsions. Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans les procédures administratives, mais dans l’évaluation réelle des risques encourus par les personnes renvoyées. « Ce n’est pas le profil militant qui crée le risque, c’est le simple fait d’avoir fui et d’avoir parlé », a-t-il déclaré.

Le rapporteur estime qu’au Burundi, le fait même d’avoir demandé l’asile à l’étranger peut être perçu comme une marque de défiance envers les autorités. Certaines personnes renvoyées sont ensuite surveillées, interrogées ou soupçonnées simplement parce qu’elles ont quitté le pays et témoigné de ce qu’elles avaient vécu. Et selon lui, les risques ne disparaissent pas immédiatement après le retour. « Les dangers peuvent apparaître plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard », avertit-il, évoquant des cas d’intimidations, d’arrestations arbitraires et même de disparitions. Il estime également que le silence de certains expulsés ne signifie pas forcément qu’ils sont en sécurité.

Même inquiétude du côté de Me Armel Niyongere, secrétaire général de SOS-Torture/Burundi et président de l’ACAT-Burundi. Cet avocat, qui documente depuis plusieurs années les violations des droits humains au Burundi, estime que les anciens demandeurs d’asile restent particulièrement vulnérables une fois de retour.

Armel Niyongere rappelle que de nombreux jeunes ayant quitté le Burundi après la crise de 2015 ont vécu plusieurs années en exil avant d’être aujourd’hui menacés d’expulsion. À leur retour, explique-t-il, ils sont souvent confrontés à des interrogatoires sur les raisons de leur départ, leurs déclarations à l’étranger ou encore leurs contacts hors du pays. Dans le climat politique actuel, poursuit-il, ce type de questions peut rapidement déboucher sur une surveillance accrue ou diverses formes de pressions.

Me Armel Niyongere, président de l’ACAT-Burundi, a également insisté sur le fait que toute décision de renvoi doit être évaluée sur la base du principe de non-refoulement, norme fondamentale du droit international qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque la torture ou des traitements inhumains. Selon lui, ce principe s’impose sans exception, même en cas de décision administrative définitive, ce qui rend ces expulsions particulièrement problématiques.

À l’issue de cette conférence, les organisations présentes ont demandé à la Suisse de suspendre les renvois forcés vers le Burundi et de réexaminer les dossiers d’asile à la lumière des récents rapports sur les droits humains.

Pour elles, derrière chaque décision de refus se cache souvent une vie suspendue entre l’exil, la peur et l’espoir d’obtenir enfin une protection.

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