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“La voix des sans voix”

Giheta : la pénurie d’engrais ruine les récoltes

Giheta : la pénurie d’engrais ruine les récoltes

Par: Innocent-Valentin Singirankabo

Dans la zone de Giheta, en commune et province de Gitega, de nombreux agriculteurs n’ont presque rien récolté lors de la dernière saison culturale. Privés d’engrais chimiques après des années de dépendance, ils ont vu leurs champs de maïs et de haricots se dessécher, au point de devoir offrir les pousses à leur bétail.

Une perte importante frappe actuellement les agriculteurs de la zone de Giheta, en commune et province de Gitega. Ceux qui ont semé du maïs et des haricots dans des sols non fertilisés lors de la dernière saison culturale A ont vu leurs espoirs de récolte s’envoler. Habituées depuis des années à recevoir des engrais chimiques, leurs terres, désormais appauvries, n’ont presque rien produit. Sur un hectare où les paysans engrangeaient auparavant entre deux et trois tonnes de maïs, ils n’ont, cette fois, quasiment rien récolté et ont fini par donner les pousses à leurs animaux.

Sur place, des agriculteurs confient leur désarroi face au système de distribution des fertilisants. Certains assurent n’avoir pas reçu d’engrais depuis deux ans. Cette campagne agricole, beaucoup ont d’abord cultivé dans des sols « vides » lors de la saison A, faute d’intrants. Puis, lorsque les engrais chimiques qu’ils avaient pourtant payés ont enfin été distribués, une partie des paysans est rentrée bredouille : les quantités disponibles dans la zone de Giheta se sont révélées insuffisantes.

Un cultivateur témoigne de l’ampleur des pertes subies. Sur son hectare de maïs, où il récoltait habituellement entre deux et trois tonnes, il n’a rien moissonné. Devant l’échec total des cultures, il a préféré transformer les plants en fourrage pour son bétail, notamment ses vaches. « La pénurie d’engrais nous a beaucoup affectés, nous les agriculteurs, raconte-t-il. Nous avions commencé à cultiver le champ de maïs, mais comme notre terre s’est habituée aux engrais chimiques, le maïs auquel on n’a pas donné l’engrais appelé urée ne pousse pas. Rien ne marche du tout ! Sur un terrain d’un hectare, on espérait 2 ou 3 tonnes de maïs, et on n’en obtient rien. Les plantations ne donnent rien, alors nous décidons de les donner aux vaches. »

Au cœur de cette crise se trouve l’urée, l’engrais chimique le plus couramment utilisé par ces agriculteurs. Ce fertilisant contient un élément nutritif essentiel, l’azote, qui représente environ 46% de sa composition. L’azote joue un rôle clé dans le développement des feuilles des cultures céréalières comme le maïs, en favorisant une croissance vigoureuse et un bon rendement. Mais la dépendance prolongée à ce type d’engrais a un revers : des études montrent que l’usage répété de l’urée finit par acidifier les sols. À force d’apports, le sol conserve un excès d’acidité, mesurable par le pH, ce qui contribue à appauvrir progressivement la terre et à la rendre moins productive sans apport constant de fertilisant.

 

 Fermeture du barrage de Cibitoke : la saison rizicole menacée

Fermeture du barrage de Cibitoke : la saison rizicole menacée

La décision soudaine des autorités de fermer le barrage d’irrigation alimentant les champs de Cibitoke  plonge les agriculteurs dans le désarroi. Privés d’eau en pleine période de croissance, nombre d’entre eux craignent des pertes colossales et redoutent de ne pouvoir rembourser les prêts contractés pour financer leurs cultures.

Depuis le 15 janvier, la fermeture inattendue du barrage d’irrigation de Cibitoke, dans la province  Bujumbura, paralyse les activités agricoles. Cette infrastructure essentielle approvisionnait en eau les rizières et d’autres cultures pratiquées dans les zones de Rugombo et Cibitoke. La décision, émanant de la direction provinciale de l’Agriculture et des autorités administratives locales, provoque la consternation chez les producteurs.

Les riziculteurs dénoncent une mesure prise à contretemps. Selon eux, le barrage a été fermé dans le cadre de travaux de désensablement des canaux. Une initiative jugée nécessaire mais mal planifiée. « Ils auraient pu attendre la fin de la récolte, comme d’habitude en août. Couper l’eau en janvier, alors que le riz est encore en croissance, c’est condamner toute une saison », regrette un agriculteur rencontré sur place.

La situation est d’autant plus critique que la région connaît actuellement un déficit pluviométrique. Les champs, privés d’irrigation, se dessèchent. « Sans cette eau, nous perdons presque tout. Nous avons acheté des engrais à prix élevé grâce à des crédits bancaires. Sans récolte, comment rembourserons-nous ? » S’interroge un riziculteur, visiblement désemparé.

Derrière la colère, l’inquiétude grandit. La plupart des producteurs ont en effet contracté des prêts auprès de banques locales pour financer leurs activités agricoles. Craignant la faillite, certains redoutent désormais des poursuites judiciaires. « Nous demandons aux autorités de nous venir en aide. Nos familles dépendent de ces récoltes. Si rien n’est fait, nous serons ruinés », implorent-ils.

De leur côté, des sources proches des services provinciaux de l’Agriculture indiquent que les travaux de curage ne devraient durer qu’un mois. Un délai qui ne suffit toutefois pas à rassurer les riziculteurs, qui espèrent une intervention rapide pour éviter une catastrophe économique.

Mubone : des riziculteurs privés d’eau à cause de constructions sur des caniveaux d’irrigation

Par : Walter Kwizera

 « Oui » ou « Non » pour l’engrais : à Muramvya, l’agriculture soumise à la loterie

« Oui » ou « Non » pour l’engrais : à Muramvya, l’agriculture soumise à la loterie

À Muramvya, commune de la province Gitega, la distribution d’engrais organisée vendredi dernier par les autorités locales et la société FOMI a semé la discorde. Entre favoritisme, tirage au sort et manque criant de produits, la population dénonce une gestion opaque d’un programme censé soutenir les agriculteurs.

La scène s’est déroulée vendredi  09 janvier, sur la colline Rusansuma, zone et commune Muramvya. Les autorités administratives, accompagnées des représentants de la société FOMI, avaient appelé les habitants à venir retirer l’engrais urée. Mais au lieu d’un soulagement attendu, c’est la frustration qui a dominé.

« La question des engrais dans ce pays est devenue confuse et problématique », déplore un habitant ayant fait le déplacement pour rien. Sur place, la population a découvert que seuls onze sacs de 50 kg étaient disponibles, quantité dérisoire face à la demande. Pour aggraver la situation, un tirage au sort a été organisé afin de déterminer les bénéficiaires : les papiers marqués « oui » permettaient de recevoir 25 kg d’engrais, tandis que ceux portant la mention « non » signifiaient un retour bredouille.

Une procédure jugée humiliante et arbitraire par les agriculteurs, d’autant plus qu’ils affirment avoir déjà payé les sommes exigées depuis 2022, sans pour autant recevoir leurs parts. Certains dénoncent un favoritisme flagrant dans la distribution, pointant du doigt la complicité présumée entre certaines autorités locales et des intermédiaires.

Beaucoup se demandent pourquoi, malgré les paiements effectués lors des saisons précédentes, on continue de leur réclamer de nouvelles cotisations sans jamais livrer les engrais promis. Cette opacité alimente la colère et la méfiance vis-à-vis du système mis en place.

Les habitants de Muramvya appellent le gouvernement à prendre des mesures fortes pour mettre fin aux irrégularités et garantir une distribution équitable des engrais à tous les agriculteurs.

 

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