MEDIAS PUBLICS : Les journalistes réclament le maintien des frais de mission
Par : Bob Rugurika
Les journalistes de la Radio Télévision Nationale du Burundi (RTNB) lancent un appel au président Evariste Ndayishimiye. Ils dénoncent la récente mesure gouvernementale supprimant les frais de mission pour tout déplacement de moins de 50 km, une décision qui, selon eux, rend leurs conditions de travail particulièrement difficiles.
Les journalistes expliquent que leurs journées commencent souvent à 8h pour se terminer tard le soir, surtout lorsqu’ils couvrent les activités des autorités. L’un d’eux indique qu’il lui arrive de terminer le traitement et la diffusion de l’information « vers 20 heures, parce qu’on nous dit que l’information doit être diffusée le même jour ».
Ils rappellent que leur rythme de travail ne suit pas un horaire fixe comme celui d’autres fonctionnaires. Leur emploi du temps dépend entièrement des activités qu’ils couvrent et peut s’étendre jusqu’en soirée sans possibilité de rentrer chez eux pour se restaurer.
Les journalistes des médias publics soulignent également qu’ils bénéficient d’un statut spécial prévu par la loi, différent de celui d’autres employés de l’État. Pour l’un d’eux, cette décision « ne tient pas compte de la nature du travail journalistique », car ils terminent leurs tâches en fonction du moment où « l’information est finalisée ».
Ils précisent enfin que les frais de mission ne constituent pas un salaire, mais une aide indispensable pour mener leurs tâches dans de bonnes conditions. Ils affirment qu’aujourd’hui, ils se retrouvent à couvrir des activités loin de leur poste d’attache « l’estomac vide », alors qu’ils doivent fournir un travail qui demande de la concentration et de l’endurance.
Les journalistes de la RTNB demandent au président de la République de reconsidérer cette mesure, estimant qu’il est « le seul à pouvoir améliorer leurs conditions de travail » afin de leur permettre de continuer à informer la population correctement.
La suspension des frais de mission complique le travail des journalistes, alerte une ancienne journaliste de la RTNB
Judith Basatuma, ancienne journaliste de la RTNB, affirme que les journalistes ont des raisons valables de demander des frais de mission. Elle explique que « les autorités qui ont décidé de suspendre ces frais ne connaissent pas la spécificité du métier du journaliste », qui impose souvent des horaires inhabituels contrairement aux autres travailleurs. « Un journaliste ne peut jamais rentrer sans avoir terminé son reportage, quelle que soit l’heure », précise-t-elle.
Pour illustrer son propos, elle cite l’exemple d’un reporter envoyé couvrir une réunion du chef de l’Etat à Nyabiraba, à moins de 50 km : il doit quitter son domicile à l’aube pour arriver à l’heure et ne termine son travail qu’en soirée. Selon elle, le journaliste doit ensuite finaliser son reportage avec tous les aléas techniques et trouver un moyen de transport, souvent sans ressources suffisantes. « Imaginez un journaliste qui n’a rien mangé depuis le matin : comment pourrait-il travailler correctement ? » interroge-t-elle.
Elle ajoute que, face à la pauvreté actuelle, peu de journalistes peuvent se procurer de l’argent de poche, et que « la RTNB et le ministère de la Communication devraient plaider la cause de ces journalistes », faute de quoi « la qualité du travail pourrait en pâtir ».

