Derrière la pénurie : le trafic silencieux des médicaments publics
Par: Michel Ngabo
Les structures sanitaires publiques du Burundi sont frappées par une pénurie persistante de médicaments. Derrière cette crise, des pratiques de détournement alimentent les pharmacies privées, laissant les patients démunis face à des soins devenus inaccessibles.
Dans plusieurs hôpitaux et centres de santé du pays, les malades repartent les mains vides, faute de médicaments. Une situation désormais récurrente qui met en danger la vie de nombreux citoyens, comme dans les communes Rumonge et Cibitoke.
À Rumonge, les habitants dénoncent une pénurie chronique dans les centres de Gatete, Mutambara et d’autres structures publiques. « Souvent, on nous dit qu’il n’y a plus de médicaments alors qu’ils sont simplement revendus ailleurs », témoigne un habitant. Selon plusieurs sources locales, ces produits pharmaceutiques financés par l’État sont détournés avant d’atteindre les patients.
Le scénario se répète en commune Cibitoke. Là encore, les malades sont systématiquement renvoyés vers des pharmacies privées. « Ce détournement serait orchestré par certains chefs de district sanitaire. Les médicaments censés être gratuits sont gardés puis transférés vers leurs propres officines », confie une source à la rédaction.
Un cadre du ministère de la Santé publique, ayant requis l’anonymat, confirme cette pratique : « Il est évident que des responsables profitent du système. Ils alimentent leurs pharmacies privées en siphonnant les stocks publics. »
Les répercussions sur la population sont graves. De nombreux patients, incapables d’acheter leurs traitements, interrompent leur prise en charge, au risque d’aggraver leurs maladies. Les plus vulnérables paient le prix fort d’un système miné par la corruption.
La rédaction de la RPA a tenté en vain de joindre par téléphone la ministre de la Santé publique, Dr Lydwine Baradahana, pour recueillir sa réaction.

