Journée de la liberté de la presse : Déjà une année de blackout et l'exil pour les journalistes

mai 04, 2016 0 1826
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La journée de la liberté de la presse en cette année 2016 n’a pas été célébrée comme à son accoutumé par les journalistes Burundais. Plusieurs dizaines de journalistes sont en exil, d’autres contraints de vivre cacher dans leur pays de peur des représailles. Une journée marquée par des souvenirs de deuil d’un collègue mais aussi d’emprisonnement au fil de cette année de crise politico-sécuritaire qui a commencé avec la fermeture puis la destruction des médias pour les journalistes.
 
L’on se souvient de cette journée du 3 mai 2015 déjà morose. Les journalistes avaient décidé de se vêtir de noir en guise de protestation contre la fermeture de la RPA et de la Maison de la presse ainsi que l’interdiction d’émettre à l’intérieur du pays pour d’autres médias indépendants comme Bonesha Fm et Isanganiro. Cette période correspondait aux manifestations pacifiques contre le 3ème mandat du Président Nkurunziza et le pouvoir avait attaqué de toutes parts les médias privés pour les empêcher de parler de ces événements.
 
Et pourtant l’époque n’est pas loin où les médias Burundais étaient constamment pris pour modèles dans la sous-région mais aussi en Afrique pour leur indépendance. La dernière étude d’auditoire de l’Institut Immar de 2014 avait démontré que les médias privés sont les plus appréciés et les plus suivis par les Burundais. L’étude avait classé la RPA en première place des radios les plus écoutées au Burundi, suivie de Bonesha Fm, Isanganiro et RT Renaissance. Selon l’étude, les radios privés jouissaient d’une confiance des auditeurs. 
 
Peu avant le début des manifestations, un ministre du Gouvernement Nkurunziza avait par ailleurs confié à un des responsables des médias les difficultés du pouvoir à raviver la confiance de la population : « notre problème avec les médias, c’est que la population n’a plus confiance dans le gouvernement. Elle fait plus confiance aux informations de vos médias » a déclaré cette autorité.
 
Et pour cause, ces mêmes médias privés s’étaient investis à faire parler les citoyens, à alerter l’opinion en cas de violation des droits des citoyens par l’administration, le service national des renseignements,  la police ainsi que les instances judiciaires. Plusieurs dizaines de personnes venaient ainsi régulièrement à la RPA pour évoquer l’injustice subis dans le traitement de leurs conflits fonciers par l’administration ou la justice.  
 
Du côté du pouvoir, les plus durs sont satisfaits de ce blackout instauré par la force car les exactions commises par des membres des services de sécurité restent méconnus du grand public et de la communauté internationale.  
 
Aujourd’hui, c’est l’amertume et l’insatisfaction qui se remarque parmi la population qui était habituée à des informations fouillées et variées sur la vie du pays. Combien d’ « alertes » ne cessent de circule sur les médias sociaux à l’endroit des journalistes pour sauver la vie de telle ou telle autre personne victime d’arrestations arbitraires ou de tortures. De fait, aujourd’hui plus personne n’ose témoigner à découvert des exactions ou autres violations. Les voix des témoins sont brouillées, leurs visages cachés pour leur sécurité et suite à leur demande pour éviter toutes représailles.   
L’UBJ fait son bilan
 
Malgré l’attaque des médias et l’exil forcé de plusieurs dizaines de journalistes, l’Union Burundaise des Journalistes a tenu à souhaiter une bonne fête aux journalistes. Depuis son exil, Alexandre Niyungeko déplore fortement que les journalistes aient été contraints à fuir leur pays. Il ajoute aussi que les journalistes restés au Burundi se cachent pour éviter d’être victimes de représailles comme des centaines d’autres citoyens. 
 
Une année après la destruction des médias, le Président de l’UBJ constate qu’ « aucune enquête n’a abouti pour connaître les auteurs ». Il en va de même pour les assassins de notre collègue de la RTNB Christophe Nkezabahizi et sa famille « qui sont toujours libres » souligne Niyungeko. Dans son bilan, Alexandre Niyungeko évoque aussi l’emprisonnement en RDC depuis plus de 5 mois d’Egide Mwemero, technicien de la RPA : « nous demandons au gouvernement congolais de relâcher Egide Mwemero qui n’est accusé de rien. L’UBJ fera tout son possible pour aboutir à sa libération. Nous comptons par ailleurs saisir les instances judiciaires régionales et internationales » a annoncé le président de l’UBJ. 
 
Alexandre Niyungeko demande toutefois aux journalistes exilés et ceux restés au Burundi de rester soudés dans ces épreuves difficiles. « Seule la solidarité nous sauvera de ces épreuves pour le bien de notre profession et de ceux qui nous écoutent » a conclu le président de l’UBJ dans son message à l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse. 

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