Burundi : disparitions inquiétantes, le silence qui accable
Par: Walter Kwizera
Depuis plusieurs semaines, les cas de disparitions se multiplient au Burundi sans qu’aucune explication claire ne soit donnée. Employée de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), Chadia Mukaremera a disparu depuis près d’un mois, tout comme d’autres citoyens dans différentes régions du pays. Les familles, impuissantes, réclament la vérité face à l’indifférence des autorités.
Chadia Mukaremera, membre de l’équipe nationale de la CNIDH, est portée disparue depuis le 25 février 2026. Ce matin-là, elle avait quitté son domicile de Nyakabiga vers une heure du matin pour se rendre à son bureau. Selon un collègue, elle avait répondu à son appel téléphonique en affirmant qu’elle se rendait au travail sans difficulté — témoignage confirmé par Gérard Rugemintwaza, chef d’équipe adjoint à la CNIDH.
Depuis ce jour, plus aucun signe de vie. Sa famille demeure sans nouvelles, tandis que la CNIDH appelle toute personne détenant la moindre information à se manifester. Mais le silence officiel pèse, renforçant la peur et la confusion.
Le cas de Chadia Mukaremera n’est pas isolé. Plusieurs autres disparitions ont été signalées ces dernières semaines.
Parmi elles, celle d’Éric Cubwa, surnommé Ruwaruwa, un homme de 50 ans originaire de Bukeye, dans la commune de Nyanza (province de Burunga). Le 22 février, il aurait été enlevé par des agents du Service national de renseignement (SNR). Ses proches rapportent qu’il a été menotté et embarqué de force dans une camionnette sans plaque et depuis, plus de trace de lui.
Le 23 février, c’est Gabriel Ndikumana, chauffeur à l’organisation World Vision dans la province de Buhumuza, qui a lui aussi disparu. Il aurait été vu pour la dernière fois en soirée, à son retour de dîner. Quelques jours plus tard, le 27 février, Hermenegilde Nijimbere, surnommé Fanny, a été enlevé alors qu’il se trouvait dans un bistrot du quartier Jabe à Bujumbura. Ses proches supplient les agents présumés de ne pas lui faire de mal et de le traduire en justice s’il est accusé de quelque chose.
La Ligue burundaise Iteka, dans un communiqué publié le 19 mars, accuse la CNIDH d’avoir manqué de transparence dans la gestion du dossier Mukaremera. Selon l’organisation, l’institution aurait reçu des informations permettant d’avancer dans l’enquête, notamment un appel passé par la secrétaire générale du CNIDH, dernière personne à avoir contacté Chadia Mukaremera , mais n’aurait pas agi pour la retrouver.
Ces accusations renforcent la perception d’un climat d’impunité et d’omerta autour des disparitions forcées.
Contacté par la rédaction de la RPA, Blaise Nyaboho, responsable de l’équipe nationale des droits humains, a confirmé son identité avant de refuser toute déclaration à l’antenne. Un message lui a également été adressé pour obtenir plus de détails sur les recherches en cours, mais il n’a donné aucune suite.

