À Bujumbura, la distribution du carburant jugée privilégiée dans certaines stations, tandis que le gouvernement mise sur les véhicules électriques face à la pénurie
Par: Inès Gakiza
Certains détenteurs de véhicules à Bujumbura dénoncent l’organisation actuelle de la distribution du carburant. Ils affirment que plusieurs stations-service du centre-ville sont réservées aux employés de certaines organisations et de certains services, tandis que les autres usagers sont orientés vers des stations situées en périphérie, une situation qu’ils jugent discriminatoire.
Les habitants estiment qu’il s’agit d’une injustice, affirmant que certains bénéficient d’un accès privilégié au carburant alors qu’eux-mêmes se voient refuser le service dans plusieurs stations du centre-ville.
Selon des témoignages recueillis, les bénéficiaires de ce système incluent des employés de certaines organisations et services publics, qui disposent de stations-service spécifiques ne servant pas le grand public. « Quand on va chercher du carburant, on voit que les stations ont été approvisionnées. Mais sur presque toutes les stations du centre-ville, on nous dit que le carburant est réservé soit aux employés de la BRB, soit de la présidence, soit de telle banque, soit du gouvernement. Et on nous dit que c’est le directeur de la SOPEBU qui donne les listes des bénéficiaires. Et ces derniers viennent quand ils veulent, la journée ou le soir ; pourvu que la personne soit sur la liste, elle aura le carburant. »
Les citoyens ne travaillant pas dans ces structures accusent la SOPEBU de discrimination, estimant avoir été relégués vers des stations éloignées du centre-ville, où l’approvisionnement est lent et incertain, alors que les stations réservées disposent encore de carburant en attente des bénéficiaires désignés. « Les simples citoyens sont envoyés vers des stations de la périphérie de Bujumbura. Et sur ces stations, on peut attendre ce carburant durant trois jours et finalement repartir sans en avoir, alors que leurs favorisés ont déjà été servis. Des fois, on manque même de carburant pour y arriver. On se demande pourquoi le directeur de la SOPEBU catégorise la population. Ceux qui ne travaillent pas dans ces secteurs n’ont pas besoin de carburant ? »
Dans ces stations réservées à certains groupes, des informations recueillies auprès d’acteurs du secteur pétrolier indiquent qu’il existe des dépôts de carburant importé et acheté par certaines organisations, autorisées par la SOPEBU à stocker le carburant dans des stations désignées. Par ailleurs, un autre groupe de stations est directement approvisionné par la SOPEBU, qui en définit également les bénéficiaires.
Les citoyens demandent que le carburant acheté par l’État soit distribué de manière équitable, sans favoritisme. Ils souhaitent également que les bénéficiaires de ces réserves soient orientés vers les stations de la périphérie de Bujumbura, afin d’éviter que la population envoyée dans ces zones ne se retrouve sans carburant ou sans moyen de retour.
Le gouvernement privilégie l’achat de véhicules électriques face à la pénurie de carburant
La libéralisation du marché de l’importation du carburant ne constituerait pas une solution à la pénurie que connaît le Burundi et risquerait même d’aggraver le coût de la vie, a indiqué le Premier Ministre Nestor Ntahontuye lors d’une émission publique animée ce jeudi 11 juin 2026 par les membres du gouvernement à l’endroit des journalistes et de la population.
Concernant la crise persistante du carburant, il a expliqué que la situation s’inscrit dans un contexte de difficultés à l’échelle mondiale, rappelant que le Burundi ne produit pas lui-même le carburant et dépend des importations. Il a également évoqué les conditions de vente proposées aux importateurs, estimant qu’un prix administré très bas par rapport aux coûts pratiqués ailleurs rend l’équilibre difficile.
Le Premier ministre a par ailleurs indiqué que certaines organisations internationales collaborent avec des partenaires pour l’approvisionnement en carburant. Selon lui, la question de la libéralisation doit être abordée avec prudence afin d’éviter une hausse du coût de la vie.
Nestor Ntahontuye a encouragé la population à se tourner vers les véhicules électriques, soulignant que leur importation est facilitée et que l’électricité nécessaire à leur fonctionnement reste limitée. Il a ajouté que, dans un petit pays comme le Burundi, les usagers peuvent s’organiser pour recharger leurs véhicules au cours de leurs déplacements.

