Le Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme au Burundi dénonce des pressions sur les réfugiés burundais en Tanzanie
Par: Janvier Nininahazwe
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme au Burundi, Fortuné Gaetan Zongo, s'est alarmé de l'accélération du rapatriement des réfugiés burundais depuis la Tanzanie. Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, il a dénoncé les pressions exercées sur les réfugiés pour les contraindre à rentrer, rappelé le caractère absolu du principe de non-refoulement et appelé les États ainsi que la communauté internationale à respecter leurs obligations.
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme au Burundi, Fortuné Gaetan Zongo, a exprimé, ce lundi, sa profonde préoccupation face à l'accélération du rapatriement des réfugiés burundais depuis la Tanzanie. Il s'exprimait devant la 62ᵉ session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
Selon Fortuné Gaetan Zongo, depuis 2017, plusieurs milliers de réfugiés burundais sont rentrés dans leur pays en provenance de la Tanzanie et d'autres États de la région, d'après les données du HCR. Il indique que ce mouvement s'est fortement accéléré depuis la relance des opérations de rapatriement à la fin de l'année 2025, avec un objectif de 3 000 retours par semaine, dans la perspective de la fermeture programmée du camp de Nduta au 30 avril 2026.
Le Rapporteur spécial rappelle que le plan conjoint de rapatriement et de réintégration, signé le 2 mars 2026 entre le Burundi, la Tanzanie et le HCR, est estimé à 82 millions de dollars. Il déplore toutefois que ce plan demeure largement sous-financé, ce qui, selon lui, compromet la réintégration durable des personnes rapatriées.
Fortuné Gaetan Zongo reconnaît la générosité dont la Tanzanie a fait preuve pendant de nombreuses années en accueillant les réfugiés burundais. Il souligne cependant que l'évaluation tripartite menée par la Tanzanie, le Burundi et le HCR, rendue publique avant la relance des opérations, montrait que très peu de réfugiés envisageaient un retour volontaire au Burundi.
Le Rapporteur spécial affirme avoir reçu des informations crédibles faisant état de pressions multiformes exercées sur les réfugiés pour les contraindre à s'inscrire sur les listes de retour. Selon lui, ces pressions comprennent notamment la fermeture d'écoles et de structures de santé, la démolition d'habitations ainsi que des menaces de suspension de l'aide alimentaire. Il indique également que des disparitions forcées de réfugiés burundais ont été documentées.
Pour Fortuné Gaetan Zongo, ces pratiques compromettent le caractère volontaire, sûr et digne que tout rapatriement doit revêtir. Il rappelle que le principe de non-refoulement est une obligation juridique internationale et qu'aucun État ne peut renvoyer une personne vers un pays où elle risque la torture, une disparition forcée ou une exécution extrajudiciaire.
Le Rapporteur spécial estime également que les difficultés rencontrées par les personnes après leur retour sont les plus difficiles à documenter, celles-ci étant souvent isolées, réduites au silence, voire portées disparues. Selon lui, l'absence de documentation ne saurait être interprétée comme une absence de risque.
Concernant la situation au Burundi, Fortuné Gaetan Zongo considère que « la frontière entre le citoyen ordinaire et le citoyen persécutable est déterminée non par les actes mais par la perception que les autorités ont de leur loyauté politique ». Il estime que cette imprévisibilité structurelle rend hasardeuse toute évaluation des risques fondée uniquement sur le profil déclaré d'un demandeur d'asile. Selon lui, les risques de persécution après le retour « ne sont ni théoriques ni hypothétiques. Ils sont réels ».
Fortuné Gaetan Zongo appelle tous les États accueillant des réfugiés burundais à respecter strictement leurs obligations internationales. Il leur demande de garantir le respect du principe de non-refoulement et de la confidentialité des procédures d'asile, de procéder à des évaluations individuelles et rigoureuses de chaque situation, de veiller à ce que tout retour soit volontaire, sûr et digne et de suspendre immédiatement tout renvoi lorsqu'il existe un risque raisonnable de persécution.
Fortuné Gaetan Zongo appelle la communauté internationale à mobiliser sans délai les 82 millions de dollars nécessaires à la mise en œuvre du plan conjoint de rapatriement et de réintégration. Il prévient qu'à défaut de ce financement, les retours massifs actuellement en cours risquent de se dérouler sans accompagnement adéquat, aggravant davantage la vulnérabilité des personnes rapatriées. Il conclut que les réfugiés burundais « ne doivent pas devenir les victimes d'une volonté politique de normalisation prématurée ».

