Marché noir du médicament : quand la santé des Burundais se vend au plus bas prix
Par: Michel Ngabo
À Bujumbura, les médicaments vendus illégalement dans la rue séduisent de plus en plus de clients, y compris certaines pharmacies de détail. Attirés par des prix largement inférieurs à ceux pratiqués dans les pharmacies agréées, de nombreux consommateurs se tournent vers ce commerce parallèle, au détriment de leur santé et de la réglementation.
A Bujumbura, le marché noir des médicaments attire un nombre croissant d’acheteurs. Ces « pharmacies de la rue », comme les appellent les habitants, se distinguent par leurs prix défiant toute concurrence. Certaines pharmacies privées s’y approvisionnent même, selon plusieurs sources, pour reconstituer leurs stocks à moindre coût.
Parmi les médicaments les plus recherchés figure la Dépakine, un traitement destiné aux personnes souffrant d’épilepsie. Vendue à plus de 54 000 francs burundais en pharmacie, elle s’obtient à environ 35 000 francs sur le marché noir. Selon un vendeur ambulant interrogé, certains approvisionnements proviennent de circuits bien plus opaques : « Récemment, un militaire a vendu de la Dépakine à 15 000 francs », confie-t-il.
Le Cromsol Collyre, utilisé contre les allergies oculaires, illustre aussi l’ampleur du phénomène. Disponible à 28 000 francs dans les officines agréées, il se revend à moins de 20 000 francs dans la rue, alors que les trafiquants l’obtiennent pour à peine 10 000 francs.
Ces ventes illégales ne se limitent pas à quelques produits. Des médicaments tels que la Colchicine (prescrite pour la goutte) ou le Losacar H (utilisé contre l’hypertension) circulent librement dans les marchés informels de la capitale. À en croire plusieurs témoignages, le commerce illicite est si lucratif que ses acteurs deviennent progressivement intouchables : arrêtés à de rares occasions, ils sont vite remis en liberté.
Contactée pour réagir à cette situation, la ministre de la Santé publique, Dr Lydwine Baradahana, n’a pas donné suite aux sollicitations de la rédaction.

