Suisse : sept mille signatures contre le renvoi des demandeurs d’asile burundais
Par: Digne Karondo
Sept mille signatures ont été recueillies dans le cadre d’une pétition réclamant la suspension des renvois des ressortissants burundais dont les demandes d’asile ont été rejetées en Suisse. Des organisations de la société civile engagées dans la protection des droits des demandeurs d’asile ont remis cette pétition jeudi 29 octobre, tout en alertant sur les risques auxquels ces personnes pourraient être exposées en cas de retour dans leur pays d’origine.
La remise de la pétition a été précédée d’une manifestation pacifique au chef-lieu du canton d’Argovie. Les participants ont brandi des banderoles appelant la Suisse à faire preuve de générosité, conformément à sa réputation de pays historiquement engagé dans la conciliation des parties en conflit à travers le monde et dans le secours aux personnes vulnérables.
La pétition, qui porte sept mille signatures, a été remise à un député du Parlement cantonal d’Argovie. Celui-ci a promis de la transmettre au gouvernement suisse, dont le siège se trouve à Berne, la capitale du pays.
Irène Blanc, membre de l’association Droit de Rester, attire l’attention sur les risques encourus par les personnes renvoyées de force au Burundi. Elle rappelle que le rapport présenté en septembre dernier par le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains dans ce pays fait état de menaces persistantes contre leur sécurité. Certaines personnes expulsées subissent des traumatismes, tandis que d’autres sont contraintes de reprendre le chemin de l’exil.
« Lors de la session du Conseil des droits de l’Homme en septembre dernier, le rapporteur spécial a présenté son nouveau rapport. Encore une fois, il alerte sur les risques de persécutions après le retour. Il rappelle les violations graves et persistantes des droits humains, notamment les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, les actes de torture, les arrestations et les détentions arbitraires. Combien faudra-t-il encore de preuves et de vies brisées pour que la Suisse réagisse et croie le récit des personnes qui fuient le Burundi ?
Parmi les personnes renvoyées par la Suisse, l’immense majorité a déjà fui le pays et vit en exil dans les pays voisins. Leurs conditions de vie sont très difficiles et leur vie reste menacée. Parmi les personnes ici en Suisse qui sont menacées de renvoi, le quotidien est synonyme de survie. Le risque de renvoi les accompagne à chaque moment de leur journée, de leur semaine et des mois qui passent. Les conséquences psychologiques sont graves », déclare Irène Blanc.
Les organisations signataires réclament du gouvernement suisse la suspension de toutes les décisions de renvoi des ressortissants burundais vers leur pays d’origine. Elles demandent également aux autorités de tenir compte des informations actualisées et fiables sur la situation des droits humains au Burundi.
L’association Droit de Rester juge inadmissible l’attitude de la Suisse face à cette situation. Irène Blanc insiste sur la nécessité de prendre des mesures à la hauteur des risques encourus par les demandeurs d’asile concernés.
« L’attitude de la Suisse face à la situation est inadmissible. Ça doit changer. Nous exigeons des mesures à la hauteur de la gravité de la situation : la suspension immédiate de tous les renvois vers le Burundi, un examen complet de la pratique en la matière à la lumière des informations les plus récentes et, enfin, la prise en compte exclusive du risque de persécution après le retour et le plein respect du principe de non-refoulement », déclare-t-elle.
La cérémonie de remise de la pétition s’est achevée par une minute de silence en mémoire de Justin Nimpagaritse, un ressortissant burundais sauvagement assassiné Le 25 octobre dans le canton d’Argovie. Les enquêtes se poursuivent pour identifier les auteurs de ce crime.

