Burundi : la proposition de loi sur la reconnaissance du génocide des Hutu de 1972 suscite le débat au sein du CNDD-FDD
Par: Clovis Niyonzima
Une proposition de loi visant à reconnaître officiellement le génocide commis contre les Hutu en 1972 est actuellement examinée par les institutions burundaises. Déjà transmise au président Évariste Ndayishimiye pour promulgation, elle est présentée comme un impératif de justice historique et de réconciliation nationale. Mais au sein même du CNDD-FDD, des voix contestent une validation jugée davantage politique que judiciaire.
Une nouvelle étape pourrait être franchie dans le processus de reconnaissance des violences de 1972 au Burundi. Selon une copie obtenue par la RPA, une proposition de loi relative à la reconnaissance du génocide commis contre les Hutu est actuellement entre les mains de l’Assemblée nationale, du Sénat et de la présidence de la République.
Le texte revient sur les massacres perpétrés en 1972, décrits comme des crimes planifiés et exécutés de manière organisée. Les rédacteurs de la proposition s’appuient notamment sur les travaux de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) pour étayer la qualification des faits.
Selon des sources au sein du CNDD-FDD, le document transmis au président Évariste Ndayishimiye date de cette année 2026 et pourrait être signé avant la fin de l’année.
À partir du point 37, la proposition détaille les conséquences attendues d’une reconnaissance officielle du génocide contre les Hutu de 1972. Le document affirme notamment que « la reconnaissance du génocide commis contre les Hutu du Burundi constitue un acte majeur de justice, à la fois politique et historique, revêtant une importance capitale pour le Burundi ».
Les auteurs du texte estiment que cette reconnaissance permettrait de réhabiliter les victimes des crimes commis sous le régime du colonel Michel Micombero et d’inscrire cette tragédie dans la mémoire collective nationale. La proposition prévoit également que le génocide soit enseigné dans les établissements scolaires afin de transmettre cette page de l’histoire aux générations futures.
Le texte présente aussi cette démarche comme un instrument de prévention contre la répétition de crimes similaires, au Burundi comme dans la région. Pour les parlementaires à l’origine de cette initiative, la reconnaissance du génocide de 1972 contribuerait à refermer les blessures d’un pays marqué par des décennies de violences et à renforcer la cohésion nationale.
Cependant, la procédure envisagée ne fait pas l’unanimité au sein du parti au pouvoir. Selon des sources internes au CNDD-FDD, certains cadres estiment qu’une reconnaissance validée par simple promulgation présidentielle risquerait d’être interprétée comme une décision essentiellement politique.
D’autres voix plaident pour une reconnaissance émanant de la Cour suprême, estimant qu’une décision judiciaire offrirait davantage de légitimité, de solidité juridique et de crédibilité à une question aussi sensible dans l’histoire du Burundi.

