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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

CNIDH : des employés dénoncent des manquements dans la gestion de la disparition de Chadia Mukaremera et un dossier classé sans suite par la justice

Par: Inès Gakiza

La direction de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) est mise en cause pour son manque de réactivité dans la recherche de leur collègue disparue, Chadia Mukaremera, alors que des employés ayant insisté pour la vérité dénoncent des intimidations et des irrégularités dans la gestion du dossier, finalement classé sans suite par la justice.

Les démarches auprès des institutions de l’État, engagées sous la pression de certains membres du personnel qui ont insisté pour faire toute la lumière sur cette affaire, subissent des intimidations et, paradoxalement, les rares étapes franchies dans ce dossier par les organes saisis ont toujours été révélées en premier lieu par le président de la CNIDH.

C’est le 26 février que le personnel de la CNIDH a été informé de la disparition de leur collègue, Chadia Mukaremera. Non seulement elle s’était absentée du travail la veille, le 25 février, mais elle n’était pas non plus rentrée à son domicile, et son téléphone était injoignable.

Selon nos informations, bien que la disparition ait été rapidement connue, la direction de la CNIDH n’a pas immédiatement engagé de recherches. Certains employés, déterminés à retrouver leur collègue, ont dû faire pression, refusant toute autre activité avant de lancer les recherches. Ils se sont alors répartis en groupes et ont emprunté différentes pistes à la recherche de Chadia Mukaremera ou de tout indice pouvant aider à la retrouver. Ceux qui se sont rendus à la police ont été informés de la dernière personne à avoir été en contact avec la disparue : il s’agit de Chantal Bakamiriza, secrétaire générale de la CNIDH.

Lors d’une réunion interne visant à faire le point sur les informations recueillies, une partie du personnel a exigé que la CNIDH saisisse officiellement la justice afin d’exploiter les pistes découvertes et établir la vérité. À la surprise générale, à l’issue de cette réunion, le président de la Commission, Monseigneur Martin Blaise Nyaboho, publie une liste de six employés appelés à se présenter à la police. Il précise, dans une note manuscrite, la date, l’heure et le bureau concernés. Parmi ces six employés figurent Chantal Bakamiriza ainsi que cinq autres employés qui s’étaient montrés déterminés à établir la vérité.

À l’exception de Chantal Bakamiriza, les cinq autres employés ont refusé de répondre à cette convocation, estimant qu’elle violait les procédures légales. Chantal Bakamiriza, elle, s’y est rendue, accompagnée du vice-président de la CNIDH, Gérard Rugemintwaza, et a été reçue dans les services indiqués. Les cinq autres employés ont, par la suite, reçu des convocations officielles de la police, c’était au cours du mois de mars.

Lorsqu’ils ont répondu à ces convocations, leur situation s’est compliquée : ils ont été brièvement placés en détention et privés de l’assistance de leur avocat. Après des tensions, ils ont finalement été relâchés, mais leurs téléphones restent confisqués par la police jusqu’à ce jour.

Après ces événements, le dossier de la disparition de Chadia Mukaremera est tombé dans le silence au sein de la CNIDH. Il refait surface ce mois de juin lorsque les cinq employés demandent que Chantal Bakamiriza ne soit pas envoyée en mission à l’étranger tant que la lumière n’a pas été faite sur cette affaire.

La justice, jusque-là aussi silencieuse, sort à son tour de son silence. Comme il l’avait fait précédemment pour les convocations à la police, Monseigneur Nyaboho informe en premier de la décision judiciaire. Interrogé par la RPA, il indique que le dossier sera clôturé avant les dates de la mission à l’étranger. Quelques heures plus tard, le parquet général annonce officiellement la fermeture du dossier, faute d’infraction constatée et de suspect à poursuivre.

Le dossier est ainsi classé sans que la famille de Chadia Mukaremera n’ait été consultée dans le cadre des investigations demandées par la CNIDH. Selon nos sources, même les proches qui ont saisi la police n’ont pas été reçus. Le dossier est également clos sans qu’une enquête approfondie ait été menée sur le lieu où le téléphone de la disparue a émis pour la dernière fois. Le 25 février, dans l’après-midi, ce téléphone se trouvait à Nyabugete, alors que Chadia Mukaremera résidait habituellement dans la zone de Nyakabiga.

La direction de la CNIDH détient tous ces éléments, mais semble se satisfaire de l’issue de la procédure judiciaire. Entre-temps, les employés qui ont insisté pour que la vérité soit établie subissent des menaces et des intimidations visant à les contraindre à abandonner ce dossier.

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