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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

Onze ans après la tentative d’assassinat, Pierre-Claver Mbonimpa affirme connaître les personnes impliquées

Par: Innocent-Valentin Singirankabo

Révéler le plan « Safisha », qu’il présente comme un projet du CNDD-FDD visant à éliminer ses opposants, ainsi que le projet « Kiliba Ondes », qu’il décrit comme un programme de formation militaire des Imbonerakure en République démocratique du Congo, sont parmi les raisons ayant conduit à la tentative d’assassinat de Pierre-Claver Mbonimpa, ancien président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH). Onze ans après les faits, et alors qu’il affirme qu’aucune véritable enquête n’a été menée, il dit connaître les personnes impliquées dans cette attaque.

Pierre-Claver Mbonimpa se souvient de la soirée du 3 août au cours de laquelle il rentrait des bureaux de l’APRODH. Selon lui, plusieurs signes lui avaient déjà fait penser qu’une attaque contre lui se préparait et certaines personnes lui avaient conseillé de prendre la fuite.

« Je rentrais des bureaux de l’APRODH. En quittant les lieux, j’avais déjà remarqué des signes laissant penser qu’on préparait mon assassinat. Plusieurs personnes m’avaient conseillé de prendre la fuite. Je leur ai répondu que je ne pouvais pas fuir et que ceux qui voulaient me tuer ne m’avaient pas donné la vie », raconte-t-il.

Mbonimpa affirme connaître l’homme qui lui avait tiré dessus. Il explique l’avoir rencontré auparavant dans le cadre d’un conflit foncier qui l’opposait à son père biologique. Selon lui, cet homme était venu à son bureau et une médiation avait permis aux deux parties de se réconcilier.

Il affirme également savoir que cet homme travaillait pour le Service national de renseignement du Burundi et précise qu’il était connu sous le surnom de « Family », sans toutefois connaître son autre nom.

Après l’attaque, alors qu’il était hospitalisé, Mbonimpa affirme que plusieurs personnes impliquées dans le projet sont venues jusqu’à l’hôpital où il se trouvait. Il dit avoir reconnu Willy Nyamitwe, qu’il présente comme le responsable du groupe, ainsi que Mathias Joseph Niyonzima dit Kazungu et un autre homme dont il ne se rappelle plus le nom et qui est actuellement en prison.

Selon lui, les habitants présents aux abords de l’hôpital ont empêché les assaillants d’aller plus loin en donnant l’alerte et en lançant des pierres contre Nyamitwe. Il cite également Bertin Gahungu parmi les personnes qu’il présente comme impliquées dans le projet d’assassinat.

Le président de l’APRODH estime que ses prises de position sur plusieurs dossiers sensibles ont également contribué à faire de lui une cible. Il cite notamment le plan « Safisha », qu’il affirme avoir dénoncé alors que peu de personnes en connaissaient l’existence.

« Lorsque j’ai révélé ce projet, je disposais déjà des noms des personnes désignées pour être assassinées. Trente d’entre elles avaient déjà été tuées, alors que le plan prévoyait au total l’assassinat de 130 personnes », affirme-t-il.

Mbonimpa rappelle que le parquet l’avait convoqué pour lui demander l’origine des informations qu’il avait révélées sur le plan « Safisha ». Il affirme avoir expliqué la provenance de ces informations et fourni des preuves, notamment les noms des personnes qu’il disait avoir déjà été assassinées.

Il cite également le projet « Kiliba Ondes » parmi les dossiers qu’il estime être à l’origine des menaces dont il a fait l’objet. Il affirme que son organisation avait découvert, dans le quartier Kinama, une maison contenant des armes à feu.

Selon lui, une enquête avait ensuite établi que ces armes étaient destinées à être acheminées vers Kiliba Ondes afin d’équiper des membres des Imbonerakure qui y recevaient une formation militaire.

Onze ans après la tentative d’assassinat, Pierre-Claver Mbonimpa déplore l’absence de suites judiciaires. Il affirme que l’homme qui lui avait tiré dessus a ensuite été tué, tout comme le motocycliste qui l’avait transporté. Il ajoute que, cet homme s’était réfugié en République démocratique du Congo avant d’y être retrouvé et assassiné.

Mbonimpa affirme toutefois que les personnes qu’il considère comme les véritables commanditaires sont connues et identifiées. Il dit leur avoir accordé son pardon, tout en regrettant qu’aucune véritable enquête n’ait été menée.

Il affirme avoir personnellement interrogé le président Évariste Ndayishimiye sur cette affaire lors de sa visite en Belgique, sans obtenir, selon lui, de réponse.

« Jusqu’à aujourd’hui, j’attends toujours que justice soit rendue. Pour ma part, je leur ai accordé mon pardon. Malgré cela, tout s’est passé comme si rien ne s’était produit. Aucune véritable enquête n’a été menée. J’ai personnellement posé cette question au président Évariste Ndayishimiye lorsqu’il est venu ici, en Belgique, mais il n’a pas été en mesure de me donner une réponse. Il a traité cette affaire comme si elle était sans importance », déclare-t-il.

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