Incendies des marchés : des discours officiels qui indignent les commerçants sinistrés
Par: Josiane Muzaneza
Au lieu d'apporter des réponses aux commerçants victimes des incendies qui se multiplient dans les marchés du Burundi, certaines autorités tiennent des propos qui suscitent l'incompréhension. Entre interprétations religieuses des sinistres et appels aux commerçants à financer eux-mêmes des camions anti-incendie, ces discours contrastent avec les attentes des sinistrés et avec les annonces du gouvernement sur les investissements prévus dans la lutte contre les incendies.
Les discours de certaines autorités burundaises à la suite des incendies qui ravagent régulièrement les marchés du pays continuent de susciter de nombreuses réactions. Alors que les commerçants sinistrés espèrent des mesures de soutien et des solutions pour prévenir de nouvelles catastrophes, plusieurs responsables gouvernementaux ont tenu des propos jugés déconnectés de la réalité qu'ils vivent.
C'est notamment le cas de Gélase Daniel Ndabirabe, président de l'Assemblée nationale. En visite au marché central de Ngozi après l'incendie qui a détruit une grande partie des marchandises des commerçants, il a estimé que ces derniers portaient une part de responsabilité dans ce qui leur était arrivé.
Selon lui, les commerçants ont été ingrats et ont négligé certaines valeurs spirituelles. Il a notamment déclaré qu'il n'y avait « pas de hasard dans les agissements divins » et que l'incendie devait leur servir de leçon, estimant que Dieu leur adressait un rappel à l'ordre.
Ces déclarations rappellent celles prononcées il y a treize ans par Édouard Nduwimana, alors Ombudsman burundais, après l'incendie du marché central de Bujumbura, le 27 janvier. À l'époque, il avait affirmé que l'incendie relevait de « la volonté de Dieu » et que celui-ci avait détruit le marché afin qu'un autre, plus moderne, puisse être construit.
À Ngozi, les commerçants espéraient surtout une aide des autorités après avoir perdu leurs marchandises. Mais le président de l'Assemblée nationale leur a également déclaré qu'ils auraient dû cotiser pour acheter eux-mêmes des camions anti-incendie.
« Les commerçants auraient dû cotiser pour acheter deux, trois, voire cinq camions anti-incendie. Cette province compte de nombreux marchés et aucun ne dispose de ce type d'équipement. Tout cela est de votre faute, car vous avez oublié l'essentiel », a-t-il déclaré.
Ces propos soulèvent des interrogations parmi de nombreux observateurs. Ils s'interrogent notamment sur la possibilité pour des commerçants ayant perdu tous leurs biens de financer l'achat de camions anti-incendie, alors que beaucoup d'entre eux cherchent déjà les moyens de relancer leurs activités et de rembourser les prêts contractés auprès des banques.
Ces déclarations interviennent également alors que, selon le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Léonidas Ndaruzaniye, le gouvernement a prévu des crédits destinés à renforcer les capacités des services de secours.
Le ministre a indiqué que les services concernés travaillent actuellement avec des équipements insuffisants, tout en précisant que le projet de loi budgétaire 2026-2027 prévoit une enveloppe destinée à l'acquisition de nouveaux engins pour protéger la population contre les catastrophes naturelles et les sinistres, notamment les incendies.

