Procès Sandra Muhoza : "Une violation flagrante du droit", selon Me Bashirahishize
Par: Clovis Niyonzima
La condamnation de la journaliste Sandra Muhoza suscite une vive indignation. Pour Me Dieudonné Bashirahishize, cette affaire illustre une justice instrumentalisée, marquée par des violations graves du droit, une mauvaise application des textes pénaux et une volonté manifeste d’étouffer la liberté de la presse au Burundi.
Dès l’entame, l’avocat exprime sa compassion envers la journaliste, victime selon lui d’une justice insensible et instrumentalisée. Il rappelle que Sandra Muhoza a été détenue illégalement pendant plus d’une année et six mois, entre son arrestation et sa comparution devant un tribunal compétent le 14 octobre 2025.
Durant toute cette période, elle a été privée de liberté sans titre légal valable, en violation flagrante des principes fondamentaux du droit.
Pour Me Bashirahishize, les juges auraient dû commencer par constater cette illégalité et ordonner sa remise en liberté, d’autant plus que la journaliste est malade, persécutée en raison de sa profession et ne représente aucun danger pour la sécurité de l’État. Il déplore un renversement des valeurs, où la privation de liberté devient la norme, alors qu’elle devrait rester une exception.
Une application erronée de la loi pénale
L’avocat critique également la manière dont la loi pénale a été appliquée, notamment l’invocation de l’article 266 relatif à l’aversion raciale. « La journaliste n’a jamais prêché la haine interethnique ; elle s’est limitée à exprimer une opinion dans un groupe WhatsApp privé, entre amis », rappelle Me Bashirahishize.
Il s’étonne que seule Sandra Muhoza soit poursuivie, alors qu’une autre personne avait pourtant diffusé une vidéo à l’origine de la discussion. Il souligne qu’elle n’a ni publié d’articles à destination du public ni utilisé les ondes d’une radio pour inciter à la haine.
Dans ces conditions, condamner une personne pour la simple expression d’une opinion revient, selon lui, à bafouer les libertés fondamentales, d’autant plus que les éléments matériels de l’infraction font défaut.
Une justice au service du pouvoir
Concernant l’article 597 du Code pénal, Me Bashirahishize juge l’argumentation du tribunal tout aussi problématique. Il dénonce une assimilation abusive des Burundais en exil à des étrangers, alors qu’il s’agit de citoyens contraints de fuir leur pays. Les contacts reprochés à la journaliste concerneraient notamment des journalistes burundais et un défenseur pacifique des droits humains, sans qu’aucun lien réel avec des intérêts étrangers n’ait été démontré.
L'ancien vice président de l'association des Barreaux de l'Afrique de l'Est affirme que la journaliste n’était dépositaire d’aucun secret d’État et n’a livré aucune information susceptible de compromettre la défense nationale. Pour lui, ce jugement révèle surtout une volonté politique d’imposer le silence aux médias, aux journalistes et à toute voix critique.
Enfin, l’avocat met en garde contre l’illusion d’un pouvoir éternel. Il rappelle que l’histoire a déjà montré l’importance de la liberté de la presse, y compris pour ceux qui gouvernent aujourd’hui. Il appelle à nommer les responsables de ces injustices et à la solidarité des journalistes, convaincu qu’un jour des comptes seront demandés pour les atteintes commises sous couvert de la justice.

