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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

Des opérateurs tirent profit de la pénurie monétaire à Muyinga

Des opérateurs tirent profit de la pénurie monétaire à Muyinga

Les habitants de la province Muyinga s'insurgent contre certains agents de LUMICASH qui exigent des pots-de-vin lorsqu'ils font des retraits de leur argent. Selon ces habitants de Muyinga, la situation s'est empirée avec la carence des billets dans les établissements financiers.

Les habitants de la province Muyinga disent que, depuis la mesure de démonétisation, ils ont de plus en plus du mal à accéder à leur argent hébergé dans différents comptes bancaires. Selon notre source, même le peu qui leur était permis de retirer n’est plus disponible. ‘’Par exemple quand on a 2 ou 5 millions, tu ne peux pas retirer plus de 100 000 francs à la fois. Par chance, on peut te donner 300 000 francs et pas plus. Mais il y a des fois où on ne dit carrément qu’il n’y a pas d’argent et qu’on nous invite à revenir le lendemain, un lendemain qui n’arrive jamais car tout le temps ajourné.’’ Témoigne un des habitants de la province Muyinga frustré d’être contraint de donner des pots-de-vin  à certains opérateurs pour pouvoir avoir accès à son propre argent. ‘’Cette situation est devenue chaotique. Certains agents commencent même à profiter de ce désordre pour s’enrichir sur le dos des gens. Par exemple, quand tu veux retirer 1 000 000 de francs burundais via LUMICASH, on t’oblige à leur donner 30 000 francs avant qu’ils fassent cette opération, à défaut de quoi on te dit que LUMICASH est à court d’argent. Bref, nous ne savons plus où donner de la tête.’’ S’indigne-t-il.

Pour le moment, les habitants de la province Muyinga demandent aux autorités habilités de trouver solution à ce problème car, non seulement ça leur cause énormément de pertes, mais ça ajoute également le drame au drame à la précarité dans laquelle se trouvaient déjà bon nombres de burundais.

Les montants collectés par l’administration ne sont pas remis en totalité

Les montants collectés par l’administration ne sont pas remis en totalité

La distribution des nouveaux billets aux citoyens ayant déposés les anciens billets de cinq
mille et dix mille dans différentes zones du pays a déjà commencé. Toutefois, dans certaines
localités les montants collectés ne sont pas remis en totalité. Dans les provinces de
Bubanza, Ngozi et Gitega cette distribution a déjà débuté.

En province Bubanza, la distribution des nouveaux billets de dix mille et cinq mille a débuté
ce dimanche. Sur la colline Gihungwe en commune Gihanga, ces nouveaux billets sont
distribués par les agents de la commune. Les billets étant insuffisants, les gens ne reçoivent
pas la totalité des montants déposés.


‘’A Gihungwe, celui qui a remis 500 000fbu ne recevait que 100 000fbu’’, nous a précisé
notre source qui a souligné que les autorités administratives les auraient dit que ces
nouveaux billets ne sont pas suffisants et qu’ils doivent partager les sommes disponibles.


Dans certaines localités, la population rentre avec le montant total déposé


En province Gitega, ces nouveaux billets sont distribués par les agents de la banque centrale
BRB en collaboration avec les administrateurs ou leurs représentants. Le citoyen présente le
reçu donné le jour du dépôt et il rentre avec la totalité de son argent, selon les sources sur
place. En province Ngozi, commune Tangara, la distribution de ces nouveaux billets de cinq
et dix mille a aussi déjà commencé et chacun rentre également avec tout l’argent qu’il a
remis.


Ces montants qui sont en train d’être remis à la population sont ceux collectés par
l’administration les jeudi et vendredi de la semaine passée. Une activité faite pour permettre
aux gens qui n’ont pas de compte bancaire à échanger les billets de 5000 et 10000 qui
viennent d’être remplacés.

Et si la démonétisation des grandes coupures trainée un grand scandale financier ?

Et si la démonétisation des grandes coupures trainée un grand scandale financier ?

En date du 07 juin courant, la banque centrale BRB a annoncé le retrait des billets de dix mille et cinq mille utilisés depuis 2018. Le gestionnaire de la monnaie burundaise a donné comme raison de ce changement de grandes coupures, un taux élevé de thésaurisation. Plus de 60% de ces billets  n’étaient plus traçables. Quelques mois avant, le Président de la République avait menacé de transformer en paperasse les montants colossaux détournés des deniers publics et cachés dans les maisons. Une mesure qui ne règle aucun de ces problèmes évoqués et qui risque par contre d’empirer la situation économique du pays explique Gratien Rukindikiza, économiste de formation et auteur d’une étude  sur l’économie monétaire, dans une interview accordée à la radio RPA.

 

Pour commencer que dites-vous des raisons annoncées comme étant à l’origine du changement des billets de dix mille et de cinq mille ?

Les deux raisons évoquées : les billets qui ne sont plus visibles dans le circuit monétaire officiel et les détournements des deniers publics.

La grande partie de la population burundaise est plutôt paysanne, rurale sans comptes bancaires. Elle vive dans la campagne et il y a de l’économie là-bas. Les paysans vendent leurs vaches, leurs terres, du café…. Contrairement à ce que les gens pensent, ils gagnent de l’argent, ils peuvent réunir  plus de 10 000 000 fbu. C’est-à-dire  cet argent dont parle, ce sont  des billets qui ne passent pas par la banque. Or, on sait bien que beaucoup de masse monétaire circule en dehors du circuit bancaire. La monnaie est là, elle circule entre les gens de la campagne personne ne cache les billets si on tient juste du fait que ça ne passe pas par les banques. Il faut aussi qu’ils se posent la question, combien de burundais ont des comptes bancaires ? Donc la première raison pour moi ne tient pas debout.

Deuxième argument on parle de vol. Je me dis qu’on ne parle pas de la personne qui a volé 10 000fbu.C’est quelqu’un qui a volé des milliards. En réalité il faut savoir une chose, les gens qui volent des milliards ou des centaines de millions, ce sont des gens intelligents. Parce qu’on ne peut pas voler cet argent sans être intelligent. Ils ne vont pas les prendre dans les caisses, ils détournent des paiements. Et du coup, ils convertissent cet argent en dollars ou en euros et ils ne le  gardent pas sur place. Ils envoient ces billets en Turquie, à  Dubaï,  Ile Maurice, les iles anglo-normandes, dans les paradis fiscaux.   En conclusion,  les grandes coupures  ont été retirées pour  aucune des deux raisons annoncées.

 Dans quelles circonstances normales un gouvernement peut décider de changer sa monnaie ?

 Il y a deux cas.

  1. Le changement de monnaie : On retire tous les billets  et introduit  une nouvelle monnaie. Ça s’est  déjà vu dans le passé notamment après la monarchie, le Président change de monnaie. Ce n’est pas le cas chez nous.
  2. En ce qui nous concerne, on peut retirer les billets  de 5000 et 10 000 quand il y a la contrefaçon. Les billets sont imités facilement. Là on peut changer les billets mais ça prend du temps, on donne le temps suffisant à toute la population  pour convertir.

Ou, quand on  veut changer l’aspect physique d’un billet, par exemple on décide d’ajouter le Roi Mwambutsa sur le billet. On introduit un autre billet, on retire le premier progressivement  sans brusquer l’économie. On donne un délai suffisant, on prolonge le délai si nécessaire, on ne fixe pas de limites parce qu’on ne connait pas la capacité financière de chaque personne.

D’après ce qu’on voit, ce n’est  ni le cas  de la falsification  ni  celui du  changement de l’aspect physique des billets.

 Pourquoi selon vous le gouvernement a fixé un court délai de changement de ces billets mais aussi des montants à remettre ?

Limiter les montants et le délai: Ils voulaient  qu’il y ait de l’argent qui ne soit pas rendu. Non pas que les gens ne veulent pas rendre mais suite aux  aléas : des gens qui avaient épargné par exemple 30 000 000 et ils n’ont eu droit que de rendre 10 000 000. 

En procédant ainsi, ils étaient  sûrs qu’ils allaient avoir une recette exceptionnelle. La question est de savoir qu’est-ce qu’on fait de cet argent qui n’est pas rendu ? Là je vais l’expliquer. 

Prenons par exemple qu’on avait 500 milliards de billets de 5000 et 10 000. Et ils ont commandé 500 milliards nouveaux billets pour remplacer les premiers. Jusque-là, ils disent avoir réuni 78% de billets.  Il y a  22% de billets qui n’ont pas été retrouvés, disons 120 milliards et économiquement ils doivent injecter la totalité donc les 500milliards. Il y a deux options.

  1. Nous avons un gouvernement honnête, soucieux de l’intérêt public qui veut financer l’agriculture, construire des logements pour les gens qui dorment dans la rue,  leur donner à manger, financer le secteur de la santé, etc.On va utiliser ces 120 milliards  à ça. Le montant est mis dans le budget de l’Etat en fait. Ils devront annoncer l’utilisation de ces 120 milliards de FBu qui n’ont pas été retrouvés. Si c’est le gouvernement qu’on a aujourd’hui, on l’applaudira…

        2.Si c’est le contraire alors, les 120 milliards ne seront pas injectés dans le budget de l’Etat. Un gouvernement ou un Président qui n’est pas honnête va dire au Gouverneur de la BRB  qu’il ne veut pas que cet argent  rentre dans le budget de l’Etat. Il aura commis le plus grand scandale financier de l’histoire avec beaucoup de conséquences !

 Au regard de la situation, la mesure aura un impact positif sur l’économie burundaise ?

 Non…

Cet argent même si ils disent qu’il n’était pas visible, il circulait et permettait l’achat de différents produits. Aujourd’hui une partie se perd comme ça. Les gens ont perdu leur fortune. Sur le marché, ils vont vendre du haricot, personne pour acheter car ils n’ont pas d’argent, ils viennent d’être appauvris. Et en plus il y a rien qui montre qu’en injectant ces billets, la production augmente. Elle ne va pas augmenter car il n’y a rien qui implique la production agricole, industrielle, on va continuer à importer…

Et si au pire des cas c’est la deuxième option  l’argent n’est pas injecté dans le budget de l’Etat,  la monnaie burundaise devra être dévaluée. Il y aura une inflation de 22% qui correspond au taux de masse monétaire non échangé.   Pourquoi ?

La personne qui va avoir cet argent non rendu va changer la monnaie en dollars.  Comme il y aura plus de dollars, le cours du dollar va grimper jusque même à 5000fbu. Et la personne ne va pas garder les dollars au Burundi, il va les envoyer dans les paradis fiscaux ci-haut cités. Il va appauvrir  le Burundi.

Les 22% de l’argent qui reste peuvent devenir un sérieux problème pour le Burundi, un problème énorme pour l’économie burundaise. Donc pour une mesure qu’on disait salutaire, en fait de compte on aura causé beaucoup de tort à la population burundaise à moins que la masse monétaire non échangée soit injectée dans le budget de l’Etat et utiliser dans l’intérêt du peuple burundais.

Opinion: De Faux Médicaments pour une Maladie Endémique

Opinion: De Faux Médicaments pour une Maladie Endémique

La mesure du changement des billets de 10.000 et 5000 fbu sème la confusion totale. Le président Evariste Ndayishimiye a expliqué cette décision par la volonté de contourner les détourneurs des deniers publics, qui selon Ndayishimiye et la banque centrale, auraient caché ces billets. Des explications que plusieurs experts economistes balayent d'un revers de la main.

Dans les lignes qui suivent, nous vous proposons l'analyse d'un économiste burundais. André NIKWIGIZE est parmi les burundais qui contribuent à travers différents moyens à la recherche d'une solution de la crise burundaise en général, en particulier à la crise économique.

 

C’est cette image du domaine médical que nous empruntons pour qualifier cette réflexion sur la situation économique du Burundi, en particulier, les deux mesures-phares qui viennent d’être prises dans le domaine monétaire concernant : la démonétisation des billets de banques de 10.000 Fbu et de 5.000 Fbu et la règlementation du commerce de devises étrangères. Face à ces mesures, les plus hautes autorités du pays clament haut et fort qu’il s’agit là des mesures pour redresser l’économie burundaise. Beaucoup de burundais émettent des doutes quant à leur effet, sur la maladie dont souffre le Burundi, en l’occurrence, l’extrême pauvreté, avec ses manifestations de la faim et l’insécurité alimentaire, le faible niveau d’éducation, le mauvais système de santé et le chômage des jeunes. Et surtout, que le peu de ressources disponibles, fournies par les aides extérieures et les taxes et impôts sont dilapidées.

 

Démonétisation des billets de 10.000 et 5.000 Fbu : Mesure de politique monétaire ou règlement de comptes ?

La démonétisation des billets de banques est effectivement une mesure de politique monétaire qu’on rencontre dans beaucoup de pays. Elle est prise sous trois conditions principales : soit que les billets en question sont vieux et méritent d’être remplacés ; soit qu’il a été constaté des cas de contrefaçon et de fausse monnaie ; ou soit que le gouvernement souhaite changer de dénomination de la monnaie. A notre connaissance, au Burundi, aucun de ces scénarios ne se présente pour justifier un changement subite des billets de 10.000 Fbu et de 5.000 Fbu. Lorsqu’une telle décision de démonétiser les billets de banque est prise, le Gouvernement accorde une période qui n’est pas inferieure à une année, afin que ceux qui disposent des billets concernés, puissent disposer du temps de les changer contre les nouveaux billets. Ils continuent à être utilisés jusqu’à ce que le dernier billet soit présenté à la banque.

Une économie peu bancarisée et une méfiance du public vis-à-vis du système bancaire

Selon le Gouverneur de la Banque de la République, le changement de ces billets est justifié par le fait qu’il a été constaté que 60% des billets de 10.000 Fbu et 5.000 Fbu étaient hors circuit bancaire. Pour quelqu’un qui connait le système monétaire burundais, il n’y a rien d’anormal. Au Burundi, le taux de bancarisation, c’est-à-dire, la proportion de la population qui a accès au système bancaire est inférieure à 20%, c’est-à-dire que 80% de la population burundaise n’utilise pas les services des banques. Et cela, pour deux raisons principales : que les populations sont pauvres et n’ont pas d’argent à déposer dans une banque ou une institution financière, ou que ceux qui ont de l’argent n’ont pas confiance dans le système bancaire, et préfèrent garder leur argent à la maison, dans des endroits cachés, jusqu’à des montants importants. Aucune loi n’oblige les citoyens à travailler avec des banques. L’argent circule mais ne passe pas nécessairement par le système bancaire. L’on rencontre fréquemment des commerçants se trimbalant avec des sacs pleins d’argent, jusqu’à 1 milliard de Fbu, pour aller à Bujumbura, acheter un bien, y compris pour achat des véhicules de grande valeur, comme les camions, et cela n’a jamais constitué un problème quelconque.

Cela veut dire qu’il y a une autre raison de démonétiser ces deux billets de banque. Puisque ces billets n’étaient ni vieux, nécessitant leur changement, ni sujet a des contrefaçons, ni que le Gouvernement souhaitait changer de dénomination de devise.

 

Combattre les détourneurs de fonds publics en leur privant une partie de leur butin

Tous les burundais se rappellent bien des discours du Chef de l’Etat, au début de son mandat, qu’il allait combattre, avec la dernière énergie, la corruption, et ceux qui se sont enrichis avec l’argent de l’Etat allaient devoir payer. Par la suite, constatant certainement que les auteurs de la corruption n’étaient pas loin de son cercle politique et familial, et qu’il était difficile de les combattre de manière frontale, il se rétracta. Par la suite, à l’occasion d’un discours, il lança un appel à ces personnes afin qu’elles déposent l’argent public sur un compte du Trésor, créé à cet effet, auprès de la Banque Centrale. Evidemment, personne ne répondit à cet appel du Chef de l’Etat. Au bord du désespoir, il menaça en disant que puisque son appel n’a pas été écouté, qu’il disposait d’un secret, dont il est le seul détenteur, de rendre ces importantes sommes d’argent thésaurisées, inutiles, en les transformant en du papier sans valeur. Et voila que les billets de 10.000 et 5.000 Fbu, les plus grandes coupures, sont visés par une mesure de démonétisation, avec effet immédiat. Le Chef de l’Etat avait pour objectif de sanctionner ces détourneurs, en rendant leurs butins nuls.

L’élément important dont le Chef de l’Etat n’a, peut-être, pas tenu compte, est que ces auteurs de détournement de fonds publics, sont, pour la plupart des intellectuels, et ont eu l’occasion de blanchir leurs butins, soit, par l’achat, en cash, de propriétés immobilières, des fois, en offrant des prix exorbitants, soit, de construire de grands immeubles, sans passer par les banques, soit, par l’achat de grands terrains dans la campagne, soit, en échangeant leurs trésors en dollars américains ou en Euros, qu’ils cachent jalousement dans des endroits discrets, et ceux qui le peuvent, les transfèrent dans des banques européennes, asiatiques ou africaines. Ces responsables ou anciens responsables de l’Etat, et leurs acolytes du secteur privé, affichent des fortunes, en termes de nombreux véhicules, dernier modèle, des nombreuses maisons à étages, et des comptes, non contrôlés par le Gouvernement, dans les banques étrangères. Selon les experts de la finance internationale, au Burundi, chaque année plus de 100 millions de dollars sont détournés par les hauts responsables du pouvoir, en collaboration avec des hommes d’affaires et des agents des institutions internationales de financement. Cela s’élèverait a 1 milliard de dollars sur 10 ans, ce qui est énorme pour un pays pauvre comme le Burundi. Plusieurs projets pourraient être financés avec cet argent.

Aujourd’hui, ce sont des honnêtes citoyens, qui ont épargné leur argent chez eux, qui souffrent à pouvoir échanger leurs billets, et qui risquent de les perdre si, à la date indiquée ils n’auront pas pu les échanger.

Comme cela se remarque dans tout le pays, la mesure de démonétiser les billets de 10.000 et 5.000 Fbu paralyse toute l’économie, il y a une panique générale au sein de la population, des commerçants ferment leurs magasins, en attendant que les nouveaux billets arrivent, les prix des denrées alimentaires augmentent, ce qui exacerbe la pauvreté. Le délai accordé pour pouvoir changer les billets incriminés est très court.

Par conséquent, au niveau économique, l’effet de la mesure est négatif. D’où la question de fonds, que beaucoup de burundais se posent : à quel problème la démonétisation des billets de 10.000 et de 5.000 Fbu répond-elle ? En quoi aide-t-elle à réduire la pauvreté de la majeure partie de la population ? Espérons que le peuple burundais sera informé des impacts de cette mesure monétaire sur le bien-être de la population. Changer des billets est une simple opération technique, qui ne crée pas des richesses supplémentaires.

Le Communique de la Présidence de ce 13 juin 2023 est des plus surprenants : « Le Chef de l’Etat, S.E. Evariste Ndayishimiye, comme il l’a promis aux burundais, il a mis en avant le programme de relance de l’économie nationale (…). A cet effet, il suit de près le plan de redressement économique, en particulier, les mesures annoncées par le Gouverneur de la Banque de la République, en date du 7 juin 2023 ». Il serait vraiment difficile de déceler en quoi la mesure de démonétisation de deux billets de banque, pour les remplacer par d’autres, constitue une mesure de redressement économique.

Evidemment, au cas où la rumeur de recours à la planche à billet, par le Gouvernement, se confirme, la situation monétaire du Burundi changera, et de façon négative. Car le Gouvernement aura imprimé des billets de banque pour faire face au manque de ressources en monnaie locale, sans que ces ressources ne correspondent à une quelconque production de biens et services correspondants.

 

La réglementation de la vente des devises étrangères : la loi de l’offre et de la demande

Avec l’Accord entre le Gouvernement du Burundi et le Fonds Monétaire International pour un Fonds Elargi de Crédit (FEC), la Banque de la République du Burundi a décidé de réintroduire le Marché Interbancaire de Devises (MID), permettant à toute banque commerciale ayant des excédents de liquidités de devises étrangers de les vendre auprès des importateurs. Les quelques bureaux de change agréés peuvent, également, recevoir de la Banque Centrale une provision de devises pour leurs opérations de change. Le cours de change de référence étant le taux moyen pondéré calculé sur base des opérations d’achat et de vente de devises traitées la veille par les banques commerciales.

Par ce mécanisme de MID, en date du 5 mai 2023, le Gouverneur de la Banque Centrale annonça que « le taux de change de 2.875,17 BIF/USD dégagé par le Marché Interbancaire de Devises (MID) de ce 4 mai 2023 servira, désormais, de taux de référence du marché officiel ». Le taux de change officiel passait donc de 1USD = 2.069 FBU le 4 mai 2023, à 1USD = 2.875 FBU. Par ce mécanisme subtil, le Franc Burundais venait, ainsi, d’être dévalué de 38%. Depuis lors, les opérations du MID se ralentissent progressivement, du fait de l’insuffisance de devises en provenance de la BRB.

Au niveau des bureaux de change, la situation est beaucoup plus complexe.  Ils sont « entre le marteau et l’enclume ». Avec la garantie de 500 millions de Francs Burundais exigée de chaque bureau de change, pour être agréé, un montant de chiffre d’affaires d’au moins 50.000 US$ par semaine, que ces bureaux doivent réaliser et un taux de change obligatoire de 1$ = 2.875 Fbu, les bureaux de change ne savent plus à quel saint se vouer. Ils ont une demande assez importante de devises étrangères, et le peu qu’ils reçoivent de la BRB ne suffisent pas pour satisfaire la demande. Les bureaux de change affichent un taux de 1$ = 2.875 Fbu, ou légèrement supérieur, pour la forme, mais, en réalité, ils échangent le Dollar à 4.300 Fbu ou plus. De même, ceux qui disposent des Dollars, les bureaux de change les achètent à plus de 4.000 Fbu.  C’est la loi de l’offre et de la demande.

Certes que, compte tenu des conditions rigoureuses exigées des bureaux de change, une bonne partie de ces derniers seront fermés. Mais les opérations de change vont se poursuivre en dehors du système officiel, et au fur et a mesure que les réserves en devises vont s’amenuiser, le différentiel entre le taux officiel de change et le taux du marché parallèle va continuer à se creuser.

La libéralisation du marché de devises n’est efficace que lorsque la Banque Centrale dispose suffisamment de devises pour approvisionner les banques commerciales et les bureaux de change. Le crédit de 261 millions de dollars US, dont le Gouvernement du Burundi a bénéficié du FMI, sera déboursé sur une période de 40 mois, et le déboursement de chaque tranche est soumis a certaines conditions, contenues dans la Lettre d’Intention que le Gouvernement a signée avec le FMI. A noter que le montant du prêt couvre, à peine, 30% des besoins d’importations, et que de nouvelles sources de devises s’imposent.

La référence au secteur médical est bien appropriée, car les mesures prises, que ce soit pour le changement de billets de banque, ou le resserrement de la politique de change, ont un résultat nul sur le combat pour le redressement économique, ou plutôt, dans certains domaines, elles vont aggraver la maladie, en particulier, lorsque du fait de la paralysie du secteur du commerce et du cafouillage dans la mise à disposition de nouveaux billets, les prix des denrées alimentaires vont augmenter et exacerbant l’état de pauvreté.

 

Le combat pour le redressement économique nécessite plus que des paroles, mais des actions

Lorsque le Chef de l’Etat déclare que les mesures de changement de certains billets de banque et de resserrement de la politique de change constituent des actions de combat pour le redressement économique, il est difficile de le croire, car comme nous l’avons indiqué ci-haut, ces mesures n’ont aucun effet sur l’économie, ou plutôt, a terme, un effet négatif. Aussi, le slogan lancé depuis le début de son accession au pouvoir de « chaque bouche, de la nourriture, chaque poche, de l’argent », ne s’est pas encore matérialisé dans la vie quotidienne des burundais moyens. La pauvreté et la faim touchent plus de 80% de la population, avec plus de la moitié de la population en insécurité alimentaire en 2023. Les crises alimentaires multiples, la pauvreté urbaine, les hausses des prix des denrées de première nécessité, les effets des crises diverses, tous ces facteurs montrent bien que le Burundi est loin d’atteindre cet objectif du Chef de l’Etat.

Le combat contre la corruption est, encore, jusqu’aujourd’hui, un échec. Les institutions de lutte ne sont pas fonctionnelles, tandis que les acteurs des malversations ne sont pas inquiétés, ce qui donne au Burundi une mauvaise réputation, ce qui fait que les bailleurs et les investisseurs considèrent le Burundi comme un pays à risque.

Le combat pour le redressement économique du Burundi passera nécessairement par les 5 axes fondamentaux suivants : 1) la restauration de la paix et la stabilité, 2) l’investissement dans le secteur agricole, 3) l’adoption de vraies réformes économiques, 4) la restauration de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption, 5) la restauration de la coopération régionale et internationale. Des actions audacieuses sont nécessaires dans ces 5 axes si l’on veut que le Burundi sorte de cette pauvreté. Ce sont les vrais médicaments dont notre malade « BURUNDI » a besoin. Sinon, il continuera à s’affaiblir et la fin sera fatale. Personne ne le souhaite.

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