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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

Cibitoke : les notables de Rukana accusés de politiser la justice de proximité

Cibitoke : les notables de Rukana accusés de politiser la justice de proximité

Par: Clovis Niyonzima

Censés assurer la médiation locale et la justice de proximité, les notables de la colline Rukana, en commune Cibitoke, sont vivement critiqués par la population. Biais partisan dans le règlement des conflits et détournement des aides humanitaires au profit des militants du CNDD-FDD : les habitants dénoncent une dérive politicienne qui alimente la discorde sociale.

Réinstitués par la loi présidentielle n° 1/03 du 23 janvier 2021 pour régler à l'amiable les litiges ordinaires du quotidien, les notables de colline sont aujourd'hui au cœur d'une vive controverse dans la commune de Cibitoke. Sur la colline Rukana (zone Rugombo), de nombreux habitants dénoncent la partialité et les abus de pouvoir de ces élus locaux.

Dans le quartier Nyakagunda, l'amertume est palpable. La majorité des membres du conseil des notables étant issus du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, la couleur politique est devenue le critère prédominant dans le traitement des dossiers. Tout citoyen n'appartenant pas à cette formation politique voit ses affaires négligées, mal instruites, voire arbitrairement rejetées.

« Parfois, des conflits surgissent dans la communauté et nécessitent d'avoir recours aux notables », témoigne sous couvert d'anonymat un habitant de la localité. « Mais au lieu de vous rendre justice, ils commencent par s'enquérir de votre appartenance politique. Ils vous cherchent querelle en prétendant que vous ne participez pas aux travaux communautaires ou qu'on ne vous voit jamais dans leurs réunions de parti. C'est une situation qui nous pèse énormément et qui engendre le désordre. »

Des aides humanitaires détournées vers les permanences du parti

Le favoritisme ne s'arrête pas à la résolution des litiges civils. Il s'étend également à l'assistance sociale destinée aux populations vulnérables. Selon des sources locales, les distributions d'aides humanitaires ne répondent plus aux critères d'urgence et d'indigence, mais à des considérations strictement politiques. Les recensements ne sont plus conduits au niveau administratif neutre, mais directement au sein des permanences du CNDD-FDD.

Un autre résidant de Rukana décrit un système bien rodé : « Ils convoquent une réunion dans la permanence de leur parti, rassemblent les chefs de rue et les responsables de dix maisons, issus tant de l'administration que du parti. Ce sont eux qui dressent les listes de leurs proches partisans. Ainsi, ce qui était destiné aux orphelins et aux veuves est finalement emporté par les membres du CNDD-FDD. »

Un appel pressant à la neutralité républicaine

Face à ce qu'ils qualifient d'oppression et d'exclusion systématique, les citoyens demandent une intervention urgente pour corriger la trajectoire de cette institution collinaire. L'injustice ressentie ravive les tensions sociales dans une zone où le vivre-ensemble reste fragile.

« Ils doivent impérativement revoir leur façon de faire, car cela n'a rien à voir avec la démocratie », martèle un citoyen révoltant. « C'est une mauvaise pratique d'exclusion et d'oppression visant à prouver aux uns qu'ils ont tous les droits et aux autres qu'ils n'ont rien. Cela ne fait que semer la discorde. »

Alors que la loi de 2021 visait à désengorger les tribunaux de résidence en instaurant une justice de proximité accessible et équitable, la politisation du conseil des notables de Rukana transforme cet outil de conciliation en instrument de discrimination locale.

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